top of page

CHRONIQUE N°169

Quand France Catholique fait sa pub gratos

jeudi 27 décembre 2025

France Catholique croyait lancer un simple numéro spécial ; c’est un séisme qu’il déclenche. Le film Sacré Cœur catapulte la revue sous les projecteurs d’un public inattendu. Pendant que les abonnements s’envolent, certains concurrents pâlissent. Un vent de liberté secoue enfin la presse catholique — et ça grince.

Il y a des miracles dans la presse. Le magazine ‘‘France Catholique’’, inspiré par une fièvre missionnaire tardive, décide de consacrer un numéro spécial au film Sacré Cœur des iconoclastes Sabrina et Steven Gunnel. Et voilà que Steven, dans une vidéo qui ferait rougir un télé-apôtre, exhorte sa cohorte de fans… des milliers de « likes », paraît-il… à s’abonner au magazine, avec pour cadeau un numéro spécial consacré au film Sacré Cœur. « Donnez, et l’on vous donnera », dit l’Évangile… mais on n’avait pas prévu que l’aumône prendrait la forme d’un abonnement.


Là où c’est délicieux, c’est dans la collision des mondes. France Catholique, qui avançait jusqu’ici d’un pas prudent, un œil sur la Tradition, l’autre sur les donateurs, se retrouve soudain embarqué dans un grand huit médiatique sur CNews… et désormais poussé par des influenceurs surexcités, des boulimiques du sacré et quelques passionnés de théologie à la cool. La question demeure : va-t-on voir une avalanche d’abonnements, comme les disciples découvrant la multiplication des pains ? Ébahis, débordés, mais pas fâchés de voir les paniers se remplir.


Le film Sacré Cœur, évidemment, n’a rien d’un vitrail tranquille. On commence à voir apparaître des produits dérivés, et les Gunnel s’amusent, bousculent, jouent avec les symboles. Que France Catholique en fasse un numéro spécial, c’est un peu comme si un chapitre de chanoines invitait un graffeur à fresquer la sacristie : audacieux, risqué, et forcément sujet à commérages. Les gardiens du temple s’étoufferont, les curieux afflueront. Et au milieu, les vieux abonnés se demanderont si la revue n’a pas soudain attrapé le virus du monde réel.


Mais l’image la plus savoureuse reste hors champ : la tête que doit faire la rédaction de Famille Chrétienne. Il y en a qui doivent vérifier deux fois les chiffres des abonnés (je connais très bien le système), sur le numéro de l’Avent, sur celui du Carême, et j’en passe. Voir le voisin attirer d’un coup une foule hétéroclite grâce à un influenceur tapageur, c’est un peu vivre la parabole du frère aîné : celui qui reste bien sage à la maison pendant que l’autre festoie avec la foule. Et là, pas de veau gras pour compenser, juste un grand toc ! envoyé avec le sourire.


Bref : un parfum d’Évangile, une pointe de malice, et un coup de pied dans les vieilles chaises capitonnées. Ça fait du bien.


Didier Antoine

© catholiquelibertaire.com 2024-2028
bottom of page