Journal d'un catholique libertaire
« Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »
(Marc 9, 35)

CHRONIQUE N° 168
Sacré Cœur : quand la critique tourne au procès idéologique
samedi 22 novembre 2025

Autour de Sacré Cœur, certains ont préféré fabriquer un champ de bataille idéologique plutôt que de parler du film. La polémique en dit plus long sur ceux qui l’agitent que sur l’œuvre elle-même. À force de soupçonner, ils finissent par déformer. Et en voulant imposer leurs grilles de lecture, ils ne font qu’exposer leurs propres peurs.
Alors, d’emblée, qu’on se le dise : qualifier le documentaire-fiction de Sabrina et Steven Gunnel de propagande d’extrême droite est une absurdité pitoyable. On a même entendu dire que Canal+ et donc le « facho Bolloré » auraient financé une sorte de croisade idéologique… Eh oui ! Il faut avoir une bonne dose d’inculture pour en arriver là.On peut ne pas aimer ce film documentaire… et c’est mon cas… mais le coller dans cette case-là, c’est une paresse intellectuelle, une médiocrité affligeante. Une critique doit venir d’une sensibilité, d’un ressenti, et non d’une étiquette plaquée sauvagement.
Certains y ont vu un film « patriote », tout simplement parce que l’on a montré sur les réseaux sociaux le Cœur sacré de Jésus cousu sur un drapeau français. Autrement dit : un raccourci, une confusion… et voilà que tout le monde s’enflamme.
Et puis, il y a eu toute la séquence médiatique : Europe 1 et CNews ont été les premiers à inviter Sabrina et Steeven. Pourquoi ? Tout simplement parce que la RATP et la SNCF ont refusé d’afficher le film sur leurs quais.
Et le pompon, la cerise sur le gâteau, c’est le maire de Marseille… qui a interdit la diffusion de ce film dans une salle du château de la Buzine, temple du cinéma méditerranéen de Marcel Pagnol d’avant-guerre. Le tribunal administratif a donné tort au maire, contraint de reprogrammer ce film. Résultat : l’effet Streisand… À force de vouloir camoufler, on attire l’attention. Campagne publicitaire qui ne coûte pas un rond… Bravo ! et merci.
Alors oui, frères et sœurs, la diffusion doit être défendue. On peut critiquer, mais pas censurer.
Le documentaire est bien filmé… Le fait n’est pas de dire si j’ai aimé ou pas aimé, mais que, pour moi, c’est du déjà-vu. Pas au cinéma certes, mais dans une quantité de petites productions que l’on voit en ligne ou dans des documentaires télévisés.
Et je vais être honnête : je ne suis pas du tout entré dans ce documentaire… rien n’a touché ma sensibilité. Pourtant, je suis catholique, ancien fidèle qui a pris ses distances vis-à-vis de l’Église institutionnelle. L’histoire de Marguerite-Marie ne me parle pas. Jésus qui ouvre sa poitrine, montre son Cœur entouré d’une couronne d’épines, arrache le cœur de Marguerite-Marie, le met dans le sien et le lui rend embrasé… même illustré par des effets spéciaux… non, désolé… cela ne me fait rien. Dites-moi que je ne suis pas le seul dans ce cas-là !
Heureusement que l’Église catholique ne nous oblige pas à croire à ces phénomènes : les apparitions et bien d’autres.
Dans la première partie, ce documentaire fait l’éloge de la communauté de l’Emmanuel. Très bien ! C’est le choix des réalisateurs. À Paray-le-Monial, la communauté de l’Emmanuel s’est accaparé le lieu depuis une cinquantaine d’années. Les témoins, tous liés à la communauté… mission accomplie.
Personnellement… je le dis avec toute franchise… je suis réfractaire à ces communautés charismatiques… pas seulement l’Emmanuel.J’y suis allé deux fois pour mon travail. J’ai vu… j’ai écouté… et je n’arrivais pas à m’intégrer. Par mes amis, par leurs témoignages, j’y perçois une forme de manipulation spirituelle. C’est mon avis. Les témoignages ne me touchent plus. Sauf ceux qui n’ont pas droit au chapitre… ceux qui ont été abusés… blessés, même dans les communautés du renouveau charismatique.
Deux semaines après avoir vu ce film, je n’ai rien retenu. Et mes amis qui l’ont vu et l’ont trouvé magnifique… je leur ai demandé de développer : les réponses ont été vagues… des impressions floues.
Je suis pour la liberté d’expression… et le collectif P.A.I.X. a le droit de s’exprimer, et le journal La Croix a le droit de publier. Je suis pour une liberté d’expression totale, sauf pour trois cas : l’appel à la violence, toute sorte de menace, et les attaques contre les personnes.En revanche, je trouve abjecte cette obstination presque caricaturale à plaquer des étiquettes idéologiques et politiques sur tout ce qui dépasse leurs lignes de confort. La lecture du collectif P.A.I.X. sur le film Sacré Cœur n’a rien d’une analyse : c’est un réflexe conditionné, quasi instinctuel, qui transforme un documentaire spirituel en objet militant fantasmé. C’est une mécanique de suspicion automatique qui en dit long sur l’incapacité à regarder une œuvre pour ce qu’elle est.À force de brandir des accusations à la va-vite, on ne dénonce plus rien… on déforme… on simplifie… on tord le réel pour lui faire épouser des angoisses politiques. Et ce procédé, loin d’éclairer le débat, l’empoisonne. C’est une manière de disqualifier au lieu de comprendre… d’assigner plutôt que de réfléchir… et cela frôle l’irrationnel.
Dans une dernière vidéo, le réalisateur Steeven laisse entendre qu’il veut « régler son compte » avec P.A.I.X. et démolir le journal La Croix. Ses intentions sont très virulentes, à la lisière de la haine… je l’ai ressenti ainsi.Triste spectacle… qui montre à quel point les fractures internes au catholicisme prennent des allures de règlement de comptes en public.
Pendant que certains se déchirent en invectives, mon ami René Poujol, lui, travaille d’arrache-pied pour porter son ouvrage Le Synode, c’est maintenant, rappelant inlassablement que la synodalité signifie « marcher ensemble ». René, si tu me lis, j’admire ta persévérance, mais je doute que « marcher ensemble » soit pour demain. Les crispations actuelles montrent surtout que nous n’avons jamais été aussi éloignés les uns des autres.
Didier Antoine
Catholique libertaire insignifiant

