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Sortir de la cathosphère pour mieux s'ouvrir aux autres

vendredi 14 novembre 2025

3. Sortir de la catosphère

Beaucoup de bénévoles et de salariés pensent que travailler ou donner son temps pour une institution de l’Église peut nous épanouir dans notre spiritualité. Ce n’est pas vraiment le cas. Bien au contraire ! Cette collaboration peut finir très mal à cause de la hiérarchie et du pouvoir, souvent impitoyable. Et la foi peut en prendre un coup. J’ai personnellement vu des drames et des souffrances. Certains en ont malheureusement fait la douloureuse expérience, à commencer par moi. J’ai constaté que la communauté peut nous isoler, quoi que l’on en dise. S’enfermer dans la catosphère empêche de voir un monde où Dieu n’est plus présent dans les esprits. Et le catholique à la marge devient présence de l’Évangile là où nul ne l’attend, dans des espaces neutres et ordinaires, non pas en paroles imposées mais en gestes discrets, laissant transparaître l’amour de Dieu comme une lumière douce qui éclaire sans éblouir.


J’ai souvent entendu qu’un chrétien isolé est un chrétien en danger. C’est tout à fait le contraire. L’Évangile nous montre Jésus qui s’éloigne. Il quitte la synagogue, il monte sur la montagne, il s’isole dans le désert. Il ne fuit pas le monde : il s’en retire pour mieux l’aimer. Dans le silence, il prie. Dans la solitude, il discerne. Dans le retrait, il respire. Alors, pourquoi craindre que celui qui cherche Dieu seul soit perdu ? Peut-être parce que le silence ne rapporte rien. Il ne produit ni obéissance, ni hiérarchie, ni chiffres. Le croyant solitaire que je suis n’appartient à personne : je suis libre, et sûrement ma liberté dérange. Je vis ma foi en marge de l’institution, non pas par rejet du Seigneur Jésus mais par fidélité à l’Évangile ; je ne m’éloigne pas de la Lumière, bien au contraire… je m’en approche. Je choisis de croire sans me laisser enfermer. Je choisis d’écouter Dieu sans les micros, sans les costumes d’apparat, sans les rituels imposants. Et dans cette simplicité, je trouve une vérité plus nue, plus ardente, plus exigeante. Je ne rejette pas la communauté : je la porte autrement. Non pas dans la participation obligatoire, mais dans la présence réelle, invisible, qui passe par l’amour du prochain, par la compassion, par le pain partagé hors du sanctuaire. Car le Royaume n’est pas un club de fidèles : il est une manière d’aimer. Je ne suis pas coupé du monde. Je reste relié… à ma famille, à mes amis, à ceux que je rencontre, à ceux que j’aide, à ceux que j’écoute. Mon choix, c’est de ne pas confondre la foi avec la foule. Dieu parle souvent à voix basse, et les cris des assemblées peuvent couvrir cette voix. Un chrétien qui va à la messe tous les dimanches peut être profondément isolé. Il peut réciter les prières, chanter avec l’assemblée, échanger un signe de paix… et pourtant rester seul. Certains se sentent invisibles. Les élites se côtoient entre elles… et l’insignifiant se sent seul. À la limite, on peut discuter avec lui… et après ? Eh bien, on l’oublie. On ne cherche plus à le revoir.Le danger véritable n’est pas l’isolement : c’est la peur de penser, la peur d’écouter l’Esprit sans témoin. C’est le confort d’un groupe communautaire qui rassure mais endort. C’est la croyance transformée en obéissance. La foi, elle, est un acte de courage, non de conformité.Quand le Seigneur Jésus dit : « Quand tu pries, entre dans ta chambre, ferme la porte, et prie ton Père dans le secret » (Mt 6,6), il ne prêche pas la fuite du monde : il enseigne la liberté intérieure. C’est là que naît la véritable Église… celle du cœur, non celle des murs de l’institution.Et lorsqu’il affirme : « Vous êtes la lumière du monde » (Mt 5,14), il ne s’adresse pas à un groupe compact, mais à chacun, personnellement, comme à une flamme unique. Une flamme qui éclaire sans brûler, qui réchauffe sans dominer. Cette lumière peut briller dans une cathédrale, mais aussi dans une cuisine, dans un atelier, dans une chambre, dans la solitude d’un soir. Elle n’a besoin ni d’encens ni de bénédiction pour exister.Un chrétien qui a mis son existence dans l’Évangile… non pas dans des lois édictées au nom de Dieu ou dans un catéchisme, non pas dans les pouvoirs, mais dans la Parole… ce chrétien porte en lui une clarté que nul isolement ne peut éteindre. Car sa foi n’est pas un drapeau ni un étendard : c’est une respiration. Il ne revendique pas son appartenance : il la vit. Le chrétien isolé n’est pas un égaré : il est souvent un veilleur. Il veille dans la nuit de son temps, attentif aux signes, cherchant non à plaire à une institution, mais à être fidèle à une Présence et à une ouverture. Et s’il est seul, ce n’est pas qu’il se retranche : c’est qu’il se tient à la frontière, là où Dieu vient sans témoin, dans la lumière fragile du cœur humain. Ainsi, le vrai danger n’est pas la solitude du croyant… mais l’oubli de la liberté que Dieu lui a donnée.


Pour moi, être chrétien, ce n’est pas se fondre dans une masse pieuse : c’est se laisser transformer, personnellement, par la Parole, là où je suis, là où j’en suis. Celui qui marche seul, mais le cœur habité, n’est pas un déserteur de la foi : il en est le témoin le plus nu, le plus libre, le plus vrai.


Quand je suis en présence de l’autre, le plus éloigné de Dieu, même de l’Église, que j’œuvre pour lui, que je veux son bonheur, je suis déjà en prière. Je peux agir pour les plus fragiles auprès d’associations laïques. Le chrétien éloigné de l’institution peut être au service des autres selon son désir et sa liberté : ceux qui vivent dans une grande précarité, dans le handicap, dans la détresse et les injustices. Dans un monde où les misères sont grandissantes, où la solidarité a besoin sans cesse d’être développée, beaucoup de chrétiens à la marge s’engagent. Le Seigneur Jésus me demande sans cesse d’aller à la rencontre de mon prochain, mais en toute liberté. Pour une plus grande efficacité, pour répondre aux besoins de notre société, dans le domaine de l’éducation, du soutien scolaire… surtout dans la lecture.., créer des bibliothèques de rue, avoir des projets éducatifs dans le sport, répondre au problème de l’emploi, aider les personnes à rédiger un C.V., accompagner des femmes seules avec des enfants, celles qui sont dans une grande pauvreté et très souvent oubliées, aller dans les hôpitaux auprès des enfants malades, accompagner aussi des personnes en fin de vie ou des personnes handicapées… Il y a beaucoup de choses à faire dans les quartiers populaires, auprès des familles en détresse, pour les jeunes qui se droguent ou s’alcoolisent, pour leurs parents. Dans ma vie chrétienne, j’ai rencontré des femmes et des hommes formidables… même ceux qui sont restés fidèles dans leur communauté… mais isolés dans cette machine institutionnelle. Pour moi, en tant que croyant, ma relation avec Dieu le Père et son Fils bien-aimé, le Seigneur Jésus, ne pourra jamais être harmonieuse si mon esprit reste tourmenté par le stress et l’angoisse. D’où l’importance de ma rencontre avec la méditation de pleine conscience, qui m’a offert un véritable repos intérieur.En fin de compte, ma relation avec Dieu et le Seigneur Jésus dépasse les cadres humains et institutionnels. Elle repose sur une connexion personnelle, intime, sincère, et sur l’amour profond que je ressens pour eux. Mon chemin spirituel est libre, porté par la foi et guidé par les enseignements de l’Évangile. L’Église catholique, avec ses richesses et ses failles, appartient à mon histoire et à mon identité. Mais je crois fermement que Dieu ne se limite pas à des murs ou à des dogmes. Son amour est universel, inconditionnel, et s’adresse à chacun, là où il se trouve.


Quelles que soient les épreuves, je reste en paix et confiant : je suis certain que mon guide, mon Berger, marche à mes côtés, m’écoute et me pardonne. C’est lui qui m’ouvre la porte du Royaume, sans contrainte, sans crainte, avec la puissance infinie de son amour.

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