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GARDONS LA FOI

Même dans une foi blessée, continuons de croire

Lundi 27 octobre 2025

1. Dans notre société du XXIᵉ siècle, où les changements sociaux, économiques et culturels se succèdent et s’entremêlent rapidement, de nombreux croyants se sentent de plus en plus déconnectés des institutions religieuses traditionnelles, notamment de l’Église catholique. Cette rupture, qu’elle soit partielle (ceux qui vont à la messe pendant les grandes fêtes) ou complète (ceux qui n’y vont plus du tout, retirés des assemblées et des communautés), s’explique par de multiples facteurs : le comportement doctrinal vis-à-vis du peuple, le décalage entre les enseignements de l’Église et les réalités vécues par des gens ordinaires, ceux qui se sentent jugés, regardés de travers, écartés des discussions et des décisions pastorales, relégués sur les bas-côtés : familles monoparentales ou recomposées, chrétiens divorcés remariés, célibataires sans diplôme universitaire, personnes handicapées, personnes en dépression ou atteintes de maladies mentales, personnes homosexuelles, personnes sous addictions, personnes pauvres, et toute sorte d’insignifiants… et Dieu sait qu’il y en a. Sans oublier, bien sûr, tous les scandales qui ont frappé l’institution : exactions, abus sexuels et corporels, manipulations psychologiques, violences, abus de pouvoir du clergé, mais aussi de laïcs influents qui font la pluie et le beau temps, se cooptent entre eux et écartent tous les hors-normes, les trublions, les non-conformistes, ceux qui n’ont pas voix au chapitre, rejetés comme des malpropres. Moi-même, j’en ai fait la douloureuse expérience. J’ai connu plusieurs personnes en grande souffrance psychologique, traumatisées, anéanties, leur foi ébranlée.


Cependant, cette distance vis-à-vis de l’institution ne signifie pas nécessairement une perte de foi ou un abandon de la spiritualité chrétienne. Bien au contraire, beaucoup cherchent à nourrir une relation plus personnelle, plus profonde, plus intime avec Dieu, sans les médiations institutionnelles ni les rites standardisés qu’ils ne jugent plus pertinents. Dans cette démarche, je vous propose d’explorer et de contempler comment il est tout à fait possible de vivre pleinement sa foi chrétienne, principalement catholique, au quotidien, en harmonie, en dehors de la communauté paroissiale ou de vie (qu’elle soit traditionaliste ou charismatique), comment s’imprégner des éléments essentiels de notre spiritualité, en particulier de l’Évangile, dans notre sphère privée, malgré les doutes, les distances et les souffrances subies.


Depuis ma conversion à l’âge de vingt ans, j’ai rencontré beaucoup de personnes dans ma vie qui éprouvent le besoin de se rapprocher de Dieu sans passer par le cadre institutionnel de l’Église. Cette relation personnelle peut se construire dans le silence de la méditation et de la prière individuelle, en cultivant un dialogue intérieur avec Dieu et notre Seigneur Jésus — eux seuls. Se reconnecter à une foi vécue dans le cœur, qui devient une source de paix et de soutien dans les moments difficiles. La prière et la méditation de pleine conscience à la lumière de l’Évangile ont sauvé ma foi, ma vie. Elles nourrissent ma spiritualité intérieure et me permettent de ressentir la présence de Dieu et de son Fils, notre Seigneur Jésus, sans intermédiaires.


Même éloigné des sacrements et des pratiques institutionnelles, il est possible de vivre les valeurs chrétiennes dans notre vie de tous les jours, là où nous sommes, là où nous en sommes. Cela peut se traduire par un engagement envers l’autre, dans sa dignité humaine, en posant des gestes simples de solidarité, de pardon, de bienveillance et de justice, qui incarnent concrètement l’amour du prochain. En pratiquant la bienveillance, la compassion et la générosité, on incarne les principes évangéliques au quotidien. Cela ne m’empêche pas d’être critique et sévère dans mes propos, quand l’incompréhension devient mépris, quand l’indifférence se transforme en violence silencieuse, quand on blesse ou profite des plus faibles. Cet engagement devient une manière de vivre ma foi en action, dans un style de vie cohérent avec les enseignements de notre Seigneur Jésus. Les ouvrages de Jacques Loew et de Madeleine Delbrêl (grandes figures de l’Eglise de France et du monde) m’ont aidé dans le cheminement de ma conversion, sans avoir besoin d’un parcours, d’une validation ou d’un imprimatur institutionnel.

Contrairement aux idées reçues, le doute n’est pas une faiblesse de la foi ; c’est un ressenti naturel de la vie spirituelle, surtout après une humiliation ou un rejet subi de la part d’une institution catholique, qui m’a conduit à une forte dépression, m’a anéanti et laissé seul face à mes blessures. Le doute devient alors une souffrance insurmontable, une dépression qui envahit chaque pensée, éteint l’espoir et rend les jours lourds d’un vide difficile à nommer. J’ai compris que le doute pouvait aussi être le point de départ d’une foi plus libre, plus authentique, détachée de la communauté et de l’institution... car trop, c’est trop .., mais enracinée dans une quête sincère de sens et de vérité.


Dans ma dépression, qui a duré près de trois ans, avec des pensées suicidaires et un traitement assez lourd, j’ai pris le temps, dans l’agitation de mon esprit, de m’interroger sur le sens de la vie et de la foi. Cela m’a permis de forger une relation plus profonde avec mon Dieu, grâce à la méditation de pleine conscience. Les périodes de doute sont devenues des occasions de croissance spirituelle, personnelle et intérieure, m’amenant à me redéfinir en tant que disciple du Seigneur Jésus, à approfondir mes convictions réconciliées, à construire une relation plus intime et sincère avec Dieu. Ce ne fut pas simple, je l’avoue, mais ce fut une expérience salutaire et extraordinaire.


Mais je ne me voile pas la face. Même si je m’en suis remis, j’en garde quelques séquelles : des fragilités émotionnelles, des troubles cognitifs légers... mémoire ralentie, concentration difficile .., une fatigue psychique intense et une énergie réduite, des bouleversements dans mon rapport à moi-même, toujours teintés d’angoisses. J’observe mes émotions avec une attention extrême, ce qui me protège parfois, mais peut aussi devenir une source d’anxiété supplémentaire. J’ai depuis d’énormes difficultés avec la foule des fidèles… et je ne suis malheureusement pas le seul dans ce cas.

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