Journal d'un catholique libertaire
« Si quelqu’un veut être le premier, qu’il soit le dernier de tous et le serviteur de tous. »
(Marc 9, 35)

DIMANCHE 26 OCTOBRE 2025
30ème dimanche du Temps Ordinaire ~ Année C

Bonne Nouvelle de notre Seigneur Jésus en Luc 18, 9-14
9 A l’adresse de certains qui étaient convaincus d’être juste et qui méprisaient les autres, Jésus dit aussi cette parabole à certains qui se persuadaient d’être justes et méprisaient les autres : 10 « Deux hommes montèrent au Temple pour prier, l’un pharisien et l’autre collecteur de taxes. 11 Le pharisien, debout, priait ainsi en lui-même : « Ô Dieu, je te rends grâce de ce que je ne suis pas comme le reste des hommes, rapaces, injustes, adultères, ou même comme ce collecteur de taxes. 12 Je jeûne deux fois la semaine, je donne la dîme de tout ce que je possède. » 13 Mais le collecteur de taxes, se tenant à distance, ne voulait même pas lever les yeux vers le ciel, mais se frappait la poitrine, disant : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, pécheur. » 14 Je vous le dis : celui-ci descendit chez lui justifié plutôt que l’autre ; car quiconque s’élève sera abaissé, et celui qui s’abaisse sera élevé. »
MESSAGE
« Deux hommes montèrent au Temple pour prier. » Le Temple est la maison de Dieu, mais notre Seigneur Jésus y place une scène de distance : l’un se tient, littéralement, nous dit le grec, « tourné vers lui-même » ; l’autre, « de loin ». Le premier se place au centre ; le second reste à la marge.
Le premier parle pour se contempler ; le second se tait pour exister. Tout est déjà dit : l’un prie vers Dieu, l’autre prie vers lui-même.
Le pharisien se tient debout, bien planté. Il « rend grâce », mais son remerciement n’est qu’un miroir poli : il remercie Dieu de ne pas être comme les autres. Sa prière est un monologue. Pas un mot d’amour, pas un souffle d’humilité : juste la comptabilité de ses vertus : « je jeûne, je donne, je mérite ». Le mot « pharisien » veut dire : « séparé »… non du mal, mais de l’humain.
Il prie comme on se dresse sur un piédestal : il confond la lumière avec le projecteur. Face à lui, un publicain, un collecteur d’impôts. Au temps de Jésus, dans la société juive, le collecteur d’impôts était à la solde de Rome… un vendu, un traître, un impur. Et pourtant, c’est lui qui prie vraiment.
Le texte grec nous dit : « Il ne voulait même pas lever les yeux vers le ciel. » Il se frappait la poitrine… verbe à l’imparfait… il se frappait encore et encore. Non par théâtralité, mais par vérité. Et il dit : « Ô Dieu, sois apaisé envers moi, le pécheur. » Le verbe ἱλάσκομαι (hiláskomai) est magnifique : il signifie « rendre favorable », « adoucir la colère », « couvrir la faute ». C’est le mot de la miséricorde. Ce publicain ne demande pas d’être justifié par sa vertu, mais d’être accueilli malgré sa vérité. Notre Seigneur Jésus conclut : celui-ci descendit chez lui justifié plutôt que l’autre. Le verbe grec est précis : δικαιόω (dikaioô) signifie « rendre juste », mais aussi « reconnaître comme juste ». Autrement dit : Dieu reconnaît la sincérité, pas le décor. Et notre Seigneur Jésus ajoute : « Quiconque s’élève sera abaissé, et quiconque s’abaisse sera élevé. » S’abaisser n’est pas une humiliation, mais un retour à la juste hauteur de l’humain.
Le publicain ne se diminue pas : il se remet à sa place, celle du vivant devant le Vivant.
A vous tous qui avez pris de la distance vis-à-vis de l’Eglise, vous qui vous êtes sentis jugés par des visages sévères, vous qui avez entendu, dans les sacristies ou les sermons, des paroles plus dures que des pierres, blessante. Vous qui avez été repoussés à la marge, sachez ceci : dans l’Évangile, c’est toujours celui qu’on accuse qui repart justifié.
Vous êtes les publicains du Temple, ceux qui prient de la marge, les chercheurs de Dieu sans décor. Vous priez parfois sans mots, parfois avec colère, parfois avec honte ; et pourtant, votre prière touche Dieu, notre Père, croyez-moi. Car Dieu, lui, ne regarde ni la posture ni la liturgie : il écoute le battement du cœur qui se frappe lui-même. Et c’est là que commence la foi véritable… celle que le Fils de l’homme espère encore trouver sur la terre : la foi nue, sincère, celle des pauvres en esprit, celle des blessés qui n’ont plus d’autre temple que leur propre vie ouverte à la miséricorde.

